Le parc de véhicules électriques progresse à La Réunion, et avec lui une question très concrète : comment recharger chez soi, sans risque et sans y passer la nuit entière ?
Trois solutions cohabitent aujourd'hui : la prise domestique classique, la prise renforcée et la borne murale. Elles ne se valent pas — ni en sécurité, ni en durée de charge, ni en confort d'usage. Et à La Réunion, deux paramètres locaux s'ajoutent : un réseau géré par EDF SEI (et non par Enedis) et un climat tropical qui met le matériel à rude épreuve, surtout en bord de mer.
Ce guide vous donne les éléments techniques pour décider vous-même quelle solution correspond à votre véhicule, à votre installation et à votre usage réel.
Vous hésitez entre prise renforcée et borne murale ?
Une étude de dimensionnement gratuite lève le doute en une visite : puissance souscrite, longueur de liaison, type d'installation, usage quotidien.
Pourquoi la prise domestique n'est pas une solution
C'est le réflexe le plus fréquent, et le plus risqué. Brancher son véhicule sur une prise 16 A ordinaire pose trois problèmes bien identifiés.
Un courant continu sur plusieurs heures. Une prise domestique est conçue pour des appareils sollicités par intermittence. Une recharge, elle, tire un courant élevé de façon ininterrompue pendant six, huit, parfois douze heures. Les conducteurs, les bornes de serrage et le socle chauffent. Sur une installation ancienne, une prise mal serrée ou une rallonge sous-dimensionnée, cet échauffement est un vrai facteur de départ de feu.
Aucune protection dédiée. La prise du garage est presque toujours partagée avec d'autres circuits. Elle ne dispose d'aucune protection différentielle spécifique adaptée aux courants de défaut générés par l'électronique de charge d'un véhicule, ni du dialogue de sécurité entre la voiture et le point de charge.
Une durée de charge dissuasive. Une prise standard plafonne autour de 2,3 kW. Pour une batterie de 50 kWh vidée aux trois quarts, cela représente une nuit complète — et encore, si le véhicule accepte de tirer ce courant sans se brider.
Et les rallonges ? Elles sont formellement à proscrire. Enroulée sur son touret ou de section insuffisante, une rallonge concentre la chaleur exactement là où personne ne la surveille.
Les trois solutions possibles : le comparatif
Prise domestiquePrise renforcéeBorne murale 7,4 kWBorne murale 22 kWPuissance~2,3 kWjusqu'à 3,7 kW7,4 kW22 kWRaccordementmonophasémonophasé, ligne dédiéemonophasé 32 Atriphasé 32 ARecharge d'une batterie de 50 kWhune nuit complète, voire plusenviron 13 à 14 henviron 7 henviron 2 h 30 (si le véhicule l'accepte)Pilotage / programmationaucunselon modèleouiouiGestion dynamique de chargenonnonoui, selon modèleoui, selon modèleInstallateur qualifié IRVE—non obligatoire (≤ 3,7 kW)obligatoireobligatoireVerdictà proscriredépannage / petit rouleursolution de référencegros rouleurs, triphasé disponible
Durées calculées sur la puissance nominale, hors pertes de conversion et hors bridage du véhicule. Elles servent d'ordre de grandeur, pas d'engagement.
La prise renforcée Green'Up de Legrand
Comment elle fonctionne
La prise renforcée ressemble à une prise classique, mais elle n'en est pas une. Chez Legrand, la Green'Up Access est donnée pour 16 A sous 250 V, soit 3,7 kW maximum, avec un indice de protection IP66 – IK08 qui la rend utilisable en extérieur abrité. Le kit prêt-à-poser du fabricant intègre un disjoncteur différentiel 20 A courbe C 30 mA de type F et impose une ligne dédiée en 3 × 2,5 mm² minimum tirée depuis le tableau électrique.
Ce dernier point est essentiel : une prise renforcée n'est pas un simple remplacement de prise. Elle exige son propre circuit, sa propre protection, et un tirage de câble jusqu'au tableau. Le gain de sécurité vient de là, autant que du socle lui-même.
Legrand annonce une recharge « jusqu'à deux fois plus rapide » qu'une prise standard, à condition de disposer d'un véhicule et d'un cordon Green'Up compatibles.
Pour qui c'est une bonne solution
La prise renforcée a un vrai domaine d'emploi, et il faut le dire honnêtement :
- petit véhicule urbain ou hybride rechargeable, avec une batterie modeste ;
- moins de 40 à 50 km parcourus par jour ;
- installation monophasée avec une puissance souscrite déjà bien occupée ;
- budget serré, ou usage transitoire avant un projet plus complet.
Si vous êtes dans ce cas, elle vous suffira. Nous vous le dirons.
Ses limites réelles
Elles ne sont pas commerciales, elles sont techniques :
- puissance plafonnée à 3,7 kW, sans possibilité d'évolution ;
- aucune gestion dynamique de la charge : elle ne module pas sa puissance en fonction du reste de la maison, ce qui peut faire disjoncter l'installation quand la climatisation et le chauffe-eau tournent en même temps ;
- pas de pilotage avancé ni de suivi de consommation sur la plupart des configurations ;
- pas de dialogue de sécurité permanent entre le point de charge et le véhicule, contrairement au mode 3 ;
- couplage photovoltaïque impossible ou très limité : elle ne sait pas suivre votre production solaire.
Les bornes murales : le mode 3
La borne murale — ou wallbox — fonctionne en charge mode 3, avec un connecteur Type 2 (T2), standard européen. Concrètement, la borne et le véhicule dialoguent en permanence : la voiture annonce ce qu'elle peut accepter, la borne annonce ce qu'elle peut délivrer, et la charge s'ajuste. Si un défaut apparaît, la coupure est immédiate.
7,4 kW en monophasé : le cas le plus courant
La grande majorité des logements réunionnais sont alimentés en monophasé. La borne est alors limitée à 7,4 kW (32 A), ce qui reste largement suffisant : une nuit de charge couvre l'équivalent de plusieurs jours de trajets domicile-travail. EDF Réunion retient d'ailleurs cette puissance comme référence pour l'usage intensif dans son offre Éco-recharge.
22 kW en triphasé : pour qui, vraiment
Les 22 kW supposent trois conditions cumulatives : une alimentation triphasée, une puissance souscrite suffisante, et surtout un véhicule capable d'accepter 22 kW en courant alternatif. Or beaucoup de modèles plafonnent à 7,4 ou 11 kW en AC. Installer 22 kW sur une voiture bridée à 7,4 kW ne fait gagner aucune minute — cela coûte simplement plus cher.
Le triphasé garde tout son intérêt en tertiaire, sur les flottes, et dans les villas déjà raccordées en triphasé où l'on veut anticiper un second véhicule.
Les fonctions qui font la différence
- La gestion dynamique de charge ajuste la puissance en temps réel selon la consommation du logement. Elle évite d'augmenter la puissance souscrite — donc l'abonnement.
- Le pilotage et la programmation permettent de recharger en heures creuses. C'est une condition d'accès à la prime Éco-recharge d'EDF Réunion.
- Le couplage photovoltaïque permet de recharger sur votre propre production. À La Réunion, avec l'ensoleillement disponible, c'est un levier d'économie réel.
- Le contrôle d'accès (badge RFID, application) devient utile dès qu'on partage la borne ou qu'on refacture l'énergie.
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Comment choisir : l'arbre de décision
Cinq questions suffisent à trancher dans la quasi-totalité des cas.
1. Quelle puissance de charge AC votre véhicule accepte-t-il ? C'est le plafond absolu. Une borne plus puissante que le véhicule ne sert à rien. L'information figure dans la notice ou sur la fiche technique du constructeur.
2. Combien de kilomètres parcourez-vous par jour ? Moins de 40 km : une prise renforcée peut suffire. Entre 40 et 120 km : la borne 7,4 kW est la réponse évidente. Au-delà, ou avec deux véhicules électriques, on regarde le triphasé.
3. Votre installation est-elle en monophasé ou en triphasé ? Le triphasé se lit sur le disjoncteur de branchement. En monophasé, l'affaire est réglée : 7,4 kW maximum.
4. Quelle est votre puissance souscrite, et quelle marge reste-t-il ? Une borne 7,4 kW mobilise 32 A. Sur un abonnement déjà chargé par la climatisation, le chauffe-eau et les plaques, la gestion dynamique de charge devient indispensable — ou il faut revoir l'abonnement à la hausse.
5. Avez-vous un projet photovoltaïque, maintenant ou plus tard ? Si oui, choisissez dès le départ une borne pilotable compatible avec l'autoconsommation. Remplacer une borne deux ans après coûte bien plus cher que de la choisir correctement.
Ce qu'impose la réglementation
La norme NF C 15-100, partie 7-722, encadre l'alimentation des véhicules électriques. Elle impose notamment un circuit dédié depuis le tableau, une protection différentielle adaptée et un dimensionnement des conducteurs cohérent avec la longueur de liaison et l'intensité.
Le décret n° 2017-26 du 12 janvier 2017 impose le recours à un installateur disposant de la qualification IRVE dès que la puissance dépasse 3,7 kW. L'arrêté du 27 octobre 2021 a renforcé les exigences en matière d'étude de conception, d'installation et de maintenance.
Autrement dit : toute borne murale, 7,4 kW comme 22 kW, doit être posée par un professionnel qualifié IRVE. Ce n'est pas une recommandation commerciale, c'est une obligation réglementaire. Elle conditionne aussi la couverture de votre assurance en cas de sinistre, et l'accès aux dispositifs d'aide.
Nous ne publions volontairement aucun schéma de câblage ni procédure d'installation : le sujet relève du professionnel qualifié.
Les spécificités de La Réunion
EDF SEI, pas Enedis
À La Réunion, le réseau de distribution est exploité par EDF SEI (Systèmes Énergétiques Insulaires). Toutes les démarches de raccordement, de modification de puissance souscrite ou de changement d'option tarifaire passent par EDF Réunion — et non par Enedis. Les procédures et les délais métropolitains relayés sur les sites nationaux ne s'appliquent pas ici.
Dans la plupart des installations résidentielles, la pose d'une borne 7,4 kW ne nécessite pas de nouveau raccordement : elle s'inscrit dans la puissance existante. En revanche, un passage en triphasé ou une augmentation de puissance souscrite implique une demande auprès d'EDF Réunion, à anticiper.
Le climat
Trois contraintes se cumulent sur l'île :
- L'humidité et la chaleur, qui accélèrent le vieillissement des matériels et imposent un indice de protection adapté à l'emplacement réel (carport ouvert, façade exposée, garage fermé).
- Les embruns salins, en zone littorale. La corrosion attaque les points de fixation, les presse-étoupes et les contacts. Le choix du matériel et sa mise en œuvre doivent en tenir compte.
- Les orages et la foudre, très présents en saison chaude. Une protection contre les surtensions correctement coordonnée protège la borne — mais surtout l'électronique de charge du véhicule, dont le coût de remplacement dépasse largement celui de la borne.
Et les cyclones ?
Un point que l'on nous pose souvent : l'emplacement de la borne doit être choisi en tenant compte des projections et du ruissellement en épisode cyclonique. Une borne posée trop bas, en zone de ruissellement, ou sous une toiture mal fixée, est exposée inutilement.
Les erreurs fréquentes
Sous-dimensionner pour économiser à l'achat. Poser une prise renforcée pour finalement changer de véhicule six mois plus tard revient à payer deux fois. La question n'est pas « de quoi ai-je besoin aujourd'hui » mais « de quoi aurai-je besoin dans trois ans ».
Négliger la section des conducteurs. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus dangereuse. La section se calcule en fonction de l'intensité et de la longueur de la liaison. Une liaison de 25 mètres n'a pas les mêmes exigences qu'une liaison de 10 mètres. Un câble sous-dimensionné chauffe, provoque une chute de tension et vieillit prématurément.
Oublier la gestion de charge. Sans elle, la borne tire sa puissance nominale quoi qu'il arrive. Résultat : le disjoncteur de branchement se déclenche un soir de forte consommation, ou l'abonnement doit être revu à la hausse.
Faire poser par un non-qualifié. Au-delà de 3,7 kW, c'est une non-conformité réglementaire. En cas de sinistre, l'assureur est en droit de s'y arrêter.
Choisir la borne avant l'étude. L'ordre logique est l'inverse : on relève l'installation existante, on mesure les distances, on vérifie la puissance disponible — puis on choisit le matériel.
Les aides mobilisables : l'état exact en 2026
Ce point mérite d'être traité avec rigueur, car beaucoup d'informations circulant en ligne sont périmées.
Le crédit d'impôt pour borne de recharge n'existe plus. Le dispositif de 75 % plafonné à 500 € par système pilotable s'appliquait aux dépenses payées jusqu'au 31 décembre 2025. Il est supprimé pour les dépenses payées à compter du 1er janvier 2026 (source : Service-Public.gouv.fr, page mise à jour le 15 avril 2026). Méfiez-vous de tout devis qui l'annoncerait encore.
Le programme Advenir ne concerne pas la maison individuelle. Il cible l'immeuble collectif, l'entreprise, les parkings ouverts au public et la voirie. Si vous êtes en copropriété, il reste pertinent.
La piste réellement mobilisable à La Réunion : l'offre Éco-recharge d'EDF Réunion, portée par le programme Agir Plus (DEAL, Région Réunion, EDF et ADEME). Elle soutient deux équipements : une prise renforcée pilotée de 3,7 kW maximum — EDF annonce environ 180 km d'autonomie récupérée en une nuit — et une borne pilotée de 7,4 kW maximum, environ 360 km. La prime est déduite directement par l'installateur partenaire, et l'accès suppose la souscription à l'option Heures Pleines / Heures Creuses.
La TVA à La Réunion n'est pas celle de la métropole. Le taux normal est de 8,5 % et le taux réduit de 2,1 % (source : impots.gouv.fr). Les articles nationaux évoquant « 5,5 % » ne transposent pas ici.
Les montants et conditions évoluent : nous les vérifions à chaque devis plutôt que de les figer sur une page web.
Comment se déroule une installation avec Intelec System IO
1. L'étude de dimensionnement. Nous relevons votre tableau, votre puissance souscrite, le type d'alimentation, l'emplacement envisagé et la longueur réelle de la liaison. Nous vérifions la puissance de charge acceptée par votre véhicule.
2. Le devis. Il est établi sous 48 h et détaille le matériel, le cheminement, la longueur de liaison, les protections et la mise en service. Nos devis sont calibrés sur une liaison de 10 mètres linéaires, ajustée après la visite technique si votre configuration l'exige.
3. La pose. Circuit dédié depuis le tableau, protections conformes à la NF C 15-100 partie 7-722, fixation et étanchéité adaptées à l'exposition du site.
4. La mise en service. Essais, paramétrage du pilotage et de la gestion de charge, essai de charge réel avec votre véhicule, prise en main.
5. L'attestation. Nous remettons l'attestation de conformité de l'installation.
Vous pouvez également fournir votre propre borne : nous réalisons alors l'étude, l'installation et la mise en service, sous réserve que le matériel soit conforme et compatible avec votre installation.
Questions fréquentes
Faut-il obligatoirement un électricien qualifié IRVE ?
Oui, dès que la puissance dépasse 3,7 kW, en application du décret n° 2017-26 du 12 janvier 2017. En dessous, ce n'est pas une obligation réglementaire, mais le circuit dédié et les protections restent nécessaires.
Combien de temps dure une installation ?
Une pose standard, sur une liaison d'une dizaine de mètres et une installation en bon état, se réalise généralement en une demi-journée à une journée. Un tableau à reprendre ou un cheminement complexe allonge le délai.
Puis-je installer une borne 22 kW chez moi ?
Seulement si votre logement est alimenté en triphasé, que votre puissance souscrite le permet et que votre véhicule accepte 22 kW en courant alternatif. Ces trois conditions sont rarement réunies en résidentiel individuel.
Ma prise de garage actuelle peut-elle suffire ?
Non, pas pour un usage régulier. Une prise partagée avec d'autres circuits, sans protection dédiée, n'est pas conçue pour délivrer un courant élevé pendant plusieurs heures d'affilée.
Une prise renforcée est-elle vraiment plus sûre qu'une prise classique ?
Oui, à condition d'être installée dans les règles : ligne dédiée, section adaptée, protection différentielle propre. C'est cette installation, autant que le socle, qui apporte la sécurité.
Dois-je augmenter ma puissance souscrite ?
Pas systématiquement. Une borne dotée d'une gestion dynamique de charge module sa puissance en fonction du reste du logement et permet souvent de rester sur l'abonnement existant.
Puis-je recharger avec mes panneaux solaires ?
Oui, avec une borne pilotable compatible autoconsommation. C'est un choix à faire dès l'installation : l'ajouter après coup impose souvent de changer de borne.
Faut-il prévenir EDF ?
Pour une borne 7,4 kW qui s'inscrit dans votre puissance existante, généralement non. Pour un passage en triphasé, une augmentation de puissance ou une souscription à l'option Heures Creuses, oui : la demande se fait auprès d'EDF Réunion (EDF SEI).
Le matériel résiste-t-il au climat réunionnais ?
À condition de choisir un indice de protection adapté à l'exposition réelle et de soigner la mise en œuvre — presse-étoupes, fixations, protection contre les surtensions. En bord de mer, la question du traitement anticorrosion se pose systématiquement.
Que se passe-t-il si je change de véhicule ?
Une borne mode 3 avec connecteur Type 2 reste compatible avec l'ensemble du marché européen. C'est un des arguments en faveur de la borne plutôt que de la prise renforcée.
Conclusion
Le choix se résume à peu de choses. La prise domestique est à écarter : elle n'a pas été conçue pour cet usage. La prise renforcée est une solution honnête pour un petit rouleur avec un véhicule à batterie modeste. La borne murale 7,4 kW couvre la grande majorité des besoins réunionnais, avec le pilotage, la gestion de charge et la compatibilité photovoltaïque qui vont avec. La 22 kW ne se justifie que si le triphasé, l'abonnement et le véhicule s'alignent.
Le vrai sujet, au fond, n'est pas la borne : c'est l'installation qui l'alimente. Section de câble, protections, gestion de charge, exposition au climat. C'est là que se joue la sécurité — et c'est précisément ce que couvre une étude de dimensionnement.
Intelec System IO — électricien qualifié IRVE, toute l'île.
Étude de dimensionnement offerte · Devis sous 48 h · Conformité NF C 15-100 · Attestation de conformité remise




